Avec des dimensions modestes, l'Église de Lufrei est, dans son essence, un excellent témoignage de l'art roman “de resistência” [de résistance]ou gothique rural, démontrant clairement que la construction "à la façon romane" était très appréciée dans le contexte de l'architecture de la région des vallées de Sousa, Tâmega et Douro.
Par conséquent, ce bâtiment, d'un caractère simplifié et dépourvu de détails ornementaux, doit être interprété en fonction de sa chronologie tardive, de sa mise en œuvre et de son contexte social. Le cas de Lufrei est un bon témoignage de la façon dont les formes romanes persistent dans le temps, allant au-delà de sa propre chronologie, en assumant des contours vernaculaires.
Formellement, il s'agit d'un temple organisé selon un plan longitudinal, composé d'une nef unique et d'un sanctuaire plus bas et plus étroit que la nef. Le sanctuaire, dont la construction est postérieure, est adossé à la sacristie et organisé selon un plan rectangulaire

Malgré l'homogénéité, qui est confirmée par la hauteur des assises de pierres de taille, l'appareil qui forme le corps du temple révèle bien son irrégularité.
Dépourvue de détails décoratifs sculptés, l'Église de Lufrei n'est éclairée que par d'étroites ouvertures de style roman, qui sont percées à des points clés du bâtiment. Les brèches surmontent ainsi le portail principal, la croisée du transept et deux autres s'ouvrent sur chaque élévation de la nef.
Les modillons, avec leurs caractéristiques formelles (lisses et rectangulaires), sont un témoignage du caractère tardif de la construction. La disposition des portails, qui s'ouvrent dans l'épaisseur des murs, sans colonnes ni tympan, renforcent l'intégration de ce monument dans une chronologie avancée de l'art roman portugais. Le pignon de la façade principale est interrompu par une cloche double, érigée selon le style roman.

Sur les élévations extérieures, nous pouvons également observer la présence de corbeaux, attestant de l'existence de porches rattachés à l'Église, des structures très communes aux édifices religieux romans.
Cependant, c'est la composition des portails qui révèle nettement le caractère tardif de la structure de cette Église. Le portail principal n'abrite aucun tympan et est directement percé dans l'épaisseur du parement. Il est composé de deux archivoltes brisées qui reposent sur les pieds-droits, ennoblis par une imposte.
Le portail latéral nord est formé d'un seul arc, légèrement brisé, s'ouvrant dans l'épaisseur du mur, sans aucun élément qui l'ennoblisse.
Dans le parvis de l'Église, il y a trois tombeaux, avec leurs couvertures respectives, et un bassin d'un font baptismal roman.
À l'intérieur, il faut souligner l'esprit roman transmis par l'éclairage flou, ainsi que par la taille de la baie de l'arc triomphal, conférant au sanctuaire un aspect intimiste.
L'intérieur est complètement recouvert d'enduit blanc. Il y a toutefois des fenêtres qui ont été ouvertes mécaniquement, lors de la réalisation de sondages, car il est possible d'identifier, sous le badigeon existant, la présence de couches de peinture murale au niveau des élévations du sanctuaire.
Cette première étude a confirmé la présence de peintures murales dans le sanctuaire et la nef. Dans le sanctuaire, les fragments plus importants se trouvent derrière le retable principal. L'ensemble de cette peinture devrait présenter un panneau central figuratif, qui fut en partie détruit par la mise en place du retable, entouré d'une décoration de roulements végétaux rouges sur un fond jaune uniforme.
Les sondages de la nef révélèrent une fresque murale sur son mur frontal et dans les zones contiguës. Autrement dit, il s'agit de deux campagnes distinctes : la première fut détectée sur le mur de l'arc triomphal et a des barres estampillées encadrant une représentation, très probablement, d'un Calvaire ; la deuxième occupe le même espace avec la même représentation et continue sur les murs contigus, du moins sur le mur à gauche, avec ce qui pourrait être un retable en faux-semblant, couronné de colonnes en marbre, surmontées de roulements et de pinacles.
Par conséquent, le traitement de la peinture murale de Lufrei semble tout à fait pertinent. En enlevant les couches de chaux, il sera possible de voir un ensemble de peintures inédites qui semblent être de grande qualité en termes d'art plastique.
En outre, et étant donné que les sondages des parois latérales de la nef ont aussi révélé l'existence de peintures, il s'agira, très certainement, d'un ensemble d'une dimension considérable.
Toujours à l'intérieur, il faut souligner les changements que l'esprit de l'époque moderne imposa au bâtiment. En effet, les trois retables qui subsistent le confirment, ainsi que les modifications apportées à la structure jusqu'à son abandon au XXe siècle.
Le retable principal, bien que modifié, révèle le goût pour le bois sculpté baroque, et il en ressort deux peintures de corps entier, l'une du côté de l'Évangile, représentant Saint-Pierre, et l'autre, du côté de l'Épître, représentant Saint-Paul.
Il y a encore deux retables latéraux de style maniériste dans la nef. Le retable du mur nord est dédié au Sacré-Cœur de Jésus et le retable en face est dédié, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, à Saint-Sébastien.
Parmi les souvenirs plus récents de cette Église, nous savons que Lufrei était encore en bon état, en 1864. Cependant, en 1967, le curé local, António da Silva Ribeiro Peixoto, demanda au responsable de la DGEMN - Direção Geral dos Edifícios e Monumentos Nacionais [Direction Générale des Bâtiments et Monuments Nationaux] le soutien de cette institution afin d'obtenir un peu d'espace à l'intérieur pour les fidèles.
Le curé suggérait que l'Église soit libérée des ajouts superflus qui n'avaient rien à voir avec son style. Ce fait était alors justifié par un forte augmentation de la population.
L'année suivante, les techniciens de la DGEMN - Direção Geral dos Edifícios e Monumentos Nacionais [Direction Générale des Bâtiments et Monuments Nationaux] se rendirent à Lufrei et apprirent que le curé voulait faire des travaux d'agrandissement de l'Église, avec la construction de deux corps latéraux rattachés au sanctuaire existant, souhaitant le prolonger au-delà de son mur frontal.
Afin de préserver ce témoignage de grand intérêt archéologique, il a été jugé approprié de proposer son classement comme Bien d'Intérêt Public, pour éviter sa destruction avec la mise en œuvre de projets de travaux. En novembre 1971, l'Église du Sauveur de Lufrei était classée Bien d'Intérêt Public.
Compte tenu de la nouvelle condition de l'Église paroissiale, classée monument historique en 1972, le curé de Lufrei demanda à la DGEMN - Direção Geral dos Edifícios e Monumentos Nacionais [Direction Générale des Bâtiments et Monuments Nationaux] le soutien technique nécessaire à la réalisation de l'étude et au suivi des travaux afin de veiller à sa conservation.